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Cohésion des sols : sols cohérents, limites d'Atterberg et indice de plasticité

Une motte d'argile tient debout, un sable sec s'écoule : c'est la cohésion. Elle gouverne la portance, le tassement, le gonflement et la facilité de terrassement.

FondaTerre — Ingénierie géotechnique

Pour lire une étude de sol, deux familles suffisent : les sols cohérents (argiles, limons argileux) et les sols pulvérulents (sables, graves). Les limites d'Atterberg et leurs indices permettent de situer une argile, de mesurer sa sensibilité à l'eau et d'anticiper ses effets sur un projet.

Deux familles de sols

CaractéristiqueSols cohérents (argiles, limons argileux)Sols pulvérulents (sables, graviers)
Taille des grainsTrès fins (argile : moins de 2 µm)Grains visibles, de 0,06 mm à plusieurs centimètres
Résistance au cisaillementCohésion c + frottementFrottement essentiellement
Comportement à l'eauForte sensibilité : plasticité, retrait, gonflementPerméables, peu sensibles au gonflement
TassementLent (consolidation), parfois importantRapide et généralement limité
TerrassementCollant en période humideÉboulement des parois à sec

La résistance d'un sol se décrit par la relation de Mohr-Coulomb : τ = c + σ′ · tan φ, où τ est la résistance au cisaillement, c la cohésion, σ′ la contrainte effective et φ l'angle de frottement interne. Dans un sable, c est nulle ; dans une argile, c et φ contribuent selon la vitesse de sollicitation et le drainage.

L'argile, un sol fin qui boit l'eau

Les minéraux argileux forment de minuscules feuillets qui fixent l'eau. Selon la quantité d'eau, l'argile passe d'un état dur à un état plastique, puis liquide. Trois familles se rencontrent fréquemment :

  • la kaolinite, peu sensible à l'eau ;
  • l'illite, de sensibilité moyenne ;
  • la smectite (dont la montmorillonite), très gonflante.

C'est la présence de minéraux gonflants qui provoque le retrait-gonflement (argiles gonflantes). Un sol argileux se comporte très différemment selon son état hydrique, d'où l'importance de mesurer sa teneur en eau à la date des sondages.

Ce que la cohésion change pour un projet

  • Fondations superficielles : sur argile plastique, ancrer les semelles sous la zone active ou adopter une autre solution (étude G2 AVP ou PRO) ;
  • Tassements : les argiles molles tassent lentement, parfois sur des années (consolidation) ;
  • Terrassements : une argile humide est collante et peu réutilisable, une argile sèche dure comme de la brique ;
  • Talus et soutènements : la cohésion stabilise un talus… tant que l'eau ne la dégrade pas (stabilité de pente) ;
  • Désordres sur existant : les fissures saisonnières trahissent un sol cohérent sensible à l'eau (fissures sur une maison).

Les limites d'Atterberg, expliquées

Les limites d'Atterberg repèrent les teneurs en eau qui séparent trois états d'un sol fin.

  • Limite de liquidité (wL) : teneur en eau à laquelle le sol s'écoule sous une sollicitation standard ;
  • Limite de plasticité (wP) : teneur en eau en dessous de laquelle le sol ne peut plus être façonné en fins rouleaux sans se rompre ;
  • Limite de retrait (wS) : teneur en eau en dessous de laquelle le sol ne diminue plus de volume en séchant.

Les essais sont normalisés (série NF EN ISO 17892, notamment la partie 12 pour les limites d'Atterberg). Ils se réalisent sur la fraction fine du sol, en laboratoire (essais géotechniques).

Trois indices : IP, IL, Ic

IndiceFormuleCe qu'il exprime
Indice de plasticité IPwL − wPÉtendue de l'état plastique : plus IP est grand, plus le sol est argileux et sensible à l'eau
Indice de liquidité IL(w − wP) / IPPosition de la teneur en eau naturelle w par rapport à l'état plastique
Indice de consistance Ic(wL − w) / IP = 1 − ILFermeté du sol : proche de 1, ferme ; proche de 0, mou ; négatif, liquide

Dans la classification des sols pour les terrassements (NF P 11-300, GTR), les sols fins des classes A1 à A4 sont classés selon l'indice de plasticité : A1 jusqu'à IP ≤ 12 (peu argileux), A2 de 12 à 25, A3 de 25 à 40 et A4 au-delà de 40 (très argileux). Plus IP est élevé, plus le sol est plastique, sensible à l'eau et collant en terrassement.

Un jeu de résultats, lu pas à pas

Supposons qu'un échantillon d'argile prélevé sur un terrain donne, en laboratoire, une limite de liquidité wL = 55 %, une limite de plasticité wP = 25 % et une teneur en eau naturelle w = 30 %. On en déduit :

  • l'indice de plasticité : IP = 55 − 25 = 30 ;
  • l'indice de liquidité : IL = (30 − 25) / 30 ≈ 0,17 ;
  • l'indice de consistance : Ic = (55 − 30) / 30 ≈ 0,83.

Lecture : avec un IP de 30, le sol relève de la classe A3 de la NF P 11-300 (sol argileux) ; l'indice de consistance proche de 1 indique un état plastique ferme. La teneur en eau est encore proche de la limite de plasticité : si elle diminue en période sèche, l'argile va se rétracter ; si elle augmente, elle s'assouplit. Ce couple « argile plastique, teneur en eau proche de wP » est typique d'un sol sensible aux variations saisonnières.

ParamètreValeurInterprétation
IP30Argile plastique, sensibilité marquée à l'eau
Ic0,83Consistance ferme, portance correcte à l'état actuel
Classe GTRA3Difficile à terrasser en période humide, réutilisation en remblai conditionnée
Point d'attentionw proche de wPRisque de retrait si assèchement, à confronter à la profondeur des fondations

Ces valeurs ne suffisent pas à décider d'une fondation : elles orientent la suite (essais de gonflement, profondeur de la zone active, profil de nappe).

Sensibilité d'une argile

La sensibilité compare la résistance d'une argile intacte à sa résistance après remaniement : St = cu intact / cu remanié. Une argile peu sensible garde l'essentiel de sa résistance lorsqu'on la perturbe ; une argile très sensible s'effondre. Les classes usuelles :

  • St inférieure à 2 : peu sensible ;
  • St de 2 à 4 : moyennement sensible ;
  • St de 4 à 8 : sensible ;
  • St de 8 à 16 : très sensible ;
  • St supérieure à 16 : argile « rapide » (extra-sensible), à risque d'écoulement une fois remaniée.

La sensibilité se mesure notamment par l'essai scissométrique (essai scissométrique), qui donne la cohésion non drainée en place puis après remaniement. Elle importe pour les terrassements et les fondations dans des argiles molles, où le battage ou les vibrations peuvent dégrader le sol.

Activité d'une argile

L'activité rapporte l'indice de plasticité à la teneur en particules inférieures à 2 µm : A = IP / % de fraction argileuse. Une activité inférieure à 0,75 signale une argile inactive (type kaolinite) ; de 0,75 à 1,25, une argile normale ; supérieure à 1,25, une argile active, potentiellement gonflante. C'est un indicateur simple pour repérer un sol à risque de retrait-gonflement, à confirmer par des essais spécifiques.

Zone active et profondeur d'ancrage

Les variations de teneur en eau d'une argile ne concernent que la tranche de sol proche de la surface, appelée zone active. Sous cette profondeur, la teneur en eau reste à peu près constante et le sol se comporte de façon stable. En France, la profondeur de la zone active se compte souvent en mètres, plus profonde sous un arbre ou un puits d'évaporation. L'étude de sol la détermine en croisant profil de teneur en eau, nature du sol et observations de terrain. Les fondations superficielles descendues sous cette zone, ou une solution qui la contourne (radier rigide, fondations profondes), limitent les désordres. À l'inverse, des semelles peu profondes dans une argile plastique suivent les mouvements du sol et fissurent la maison (fissures sur une maison).

Végétation et argile : le rôle des arbres

Un arbre puise plusieurs centaines de litres d'eau par jour en été. À proximité d'une maison sur argile, il assèche le sol et provoque un retrait localisé, donc un tassement d'un seul côté. Les règles de bonne pratique recommandent de distancer les arbres de la construction d'une distance de l'ordre de leur hauteur à maturité, ou de prévoir des dispositions constructives adaptées. Cette question est traitée dans les règles de la loi ÉLAN et de l'arrêté relatif aux techniques particulières de construction (étude de sol obligatoire).

Comment on mesure la cohésion

Plusieurs essais complémentaires :

  • en laboratoire : cisaillement direct et essai triaxial pour la cohésion et l'angle de frottement ; œdomètre pour la compressibilité ;
  • en place : scissomètre pour la cohésion non drainée des argiles molles ; pénétromètre et pressiomètre pour caractériser la résistance et la déformabilité (sondage pressiométrique) ;
  • par identification : teneur en eau, limites d'Atterberg, granulométrie.

Cas pratique FondaTerre : les marnes du Vaucluse

Exemple illustratif : sur un piémont du Vaucluse, les sondages traversent 1,5 m de limon puis des marnes grises. L'indice de plasticité des marnes est moyen, mais leur teneur en eau varie fortement entre janvier et août. L'ingénieur recommande des semelles descendues au-delà de la zone de dessiccation et un drainage périphérique, plutôt qu'un radier, moins économique sur cette parcelle. Le même terrain à la fin de l'hiver aurait donné des teneurs en eau plus élevées : la saison des sondages est donc indiquée dans le rapport.

Cinq réflexes en sol cohérent

  1. Faire mesurer la teneur en eau dès les sondages, et noter la saison ;
  2. Demander les limites d'Atterberg sur au moins un échantillon représentatif du niveau d'assise ;
  3. Évaluer le potentiel de gonflement quand l'argile est plastique et proche de la surface ;
  4. Maîtriser l'eau autour de la maison : drainage, gouttières raccordées, pente du terrain ;
  5. Anticiper les terrassements : planifier hors période humide et prévoir la gestion des déblais.

Île-de-France et PACA

Les argiles vertes, marnes et argiles à meulières des plateaux franciliens (Seine-et-Marne, Essonne) et les argiles et marnes de Provence (Vaucluse) forment l'essentiel des sols cohérents où le projet est sensible. Leur caractérisation se prépare par un G1 ou une G2 AVP.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un sol cohérent ?

Un sol dont les grains adhèrent entre eux grâce à des forces d'attraction, comme l'argile ou le limon argileux. Il garde sa forme et se façonne lorsqu'il est humide, contrairement à un sable sec qui s'écoule.

À quoi servent les limites d'Atterberg ?

Elles situent la teneur en eau à laquelle un sol passe de l'état liquide à l'état plastique (limite de liquidité) puis à l'état solide avec retrait (limite de plasticité). Leur différence, l'indice de plasticité, sert à classer le sol et à évaluer sa sensibilité à l'eau.

Une argile est-elle toujours mauvaise pour construire ?

Non. Une argile ferme et stable peut très bien porter une maison. Le problème vient des argiles plastiques dont le volume varie avec l'eau, ou des argiles molles qui tassent beaucoup. Tout dépend de leur état et du projet.

Qu'est-ce que l'indice de consistance ?

C'est le rapport (wL − w) / IP entre la limite de liquidité, la teneur en eau naturelle et l'indice de plasticité. Proche de 1, le sol est ferme ; proche de 0, il est mou ; négatif, il est liquide.

Comment mesure-t-on la cohésion ?

En laboratoire (cisaillement direct, triaxial) pour la cohésion effective, et sur site au scissomètre pour la cohésion non drainée des argiles molles. Les essais de pénétromètre et de pressiomètre l'évaluent indirectement.

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