La question n'est pas « la loi l'impose-t-elle ? » mais « que se passe-t-il si le sol rencontré n'est pas celui de l'étude ? ». Une G3 vérifie le sol à l'ouverture des fouilles et adapte l'exécution. Voici les situations où elle devient indispensable, ce qu'elle contient et ce qu'elle coûte.
Loi, contrat, assureur : d'où vient l'exigence ?
Le cadre légal actuel ne rend pas la G3 obligatoire pour l'ensemble des constructions. La loi ÉLAN (article 68 de la loi du 23 novembre 2018, codifié aux articles L. 132-4 et suivants du Code de la construction et de l'habitation) impose, en zone d'exposition moyenne ou forte au retrait-gonflement des argiles, une étude géotechnique préalable à la vente d'un terrain constructible et une étude de conception (ou le respect de techniques particulières de construction) avant le contrat de construction d'une maison individuelle. Elle ne prévoit pas de suivi d'exécution. Voir Étude de sol obligatoire : que dit la loi ÉLAN ?.
L'obligation naît donc ailleurs : dans le marché de travaux (CCTP de la maîtrise d'œuvre), dans les exigences de l'assureur ou du contrôleur technique, ou dans les règles de l'art propres aux ouvrages géotechniques (pieux, parois, soutènements).
Ce que couvre un suivi G3
Selon la norme NF P 94-500, la G3 est l'étude et le suivi géotechniques d'exécution, réalisés pour le compte de l'entreprise de travaux. Elle comporte deux volets :
- l'étude d'exécution : le géotechnicien vérifie que les méthodes et dimensionnements retenus par l'entreprise sont compatibles avec le sol et les hypothèses de la G2 ;
- le suivi d'exécution : il observe les sols réellement rencontrés lors des terrassements et des fondations, compare avec les prévisions et propose les adaptations nécessaires.
Sa contrepartie côté maître d'ouvrage est la supervision G4. Les deux missions sont comparées dans différence G3 et G4.
Six situations où le suivi s'impose
| Contexte du projet | Pourquoi la G3 compte | Exemples |
|---|---|---|
| Fondations profondes ou spéciales | Les pieux et micropieux se dimensionnent sur la couche d'ancrage réellement atteinte, qui peut différer du sondage | Micropieux d'une extension sur argile, pieux d'un collectif (fondations sur micropieux) |
| Fouille profonde ou sous-sol | Parois, blindages et pompages exposent les avoisinants aux tassements | Sous-sol en centre-ville, parking enterré |
| Soutènement et talus | La poussée des terres et l'eau se révèlent à l'ouverture de la fouille | Mur en pied de coteau, terrasse en pente (mur de soutènement étude de sol) |
| Sol hétérogène ou remblais | Les sondages n'échantillonnent qu'une fraction du terrain : les surprises apparaissent au terrassement | Ancien site industriel, remblais de voirie |
| Nappe à faible profondeur | Le niveau d'eau au jour des travaux peut différer de celui des sondages | Vallées alluviales, zones inondables |
| Ouvrage sensible | Les tolérances aux tassements sont faibles | Bâtiment à structure rigide, ouvrage avec réseaux |
Le cas typique d'une maison individuelle
Sur un terrain plat, homogène, en zone d'aléa faible, avec des fondations superficielles classiques, la G2 suffit et le suivi se limite à des vérifications ponctuelles à l'ouverture des fouilles. En zone d'argile avec fondations descendues plus bas que la moyenne, en pente ou avec un sous-sol, la G3 prend tout son sens, car les hypothèses de conception dépendent du sol réellement rencontré. Pour choisir entre les missions dans ce cas, lisez étude G2 AVP ou PRO.
Un suivi G3, visite après visite
Pour ne pas rester abstrait, voici le déroulé d'un suivi d'exécution sur une maison à fondations spéciales :
| Moment | Action du géotechnicien | Trace écrite |
|---|---|---|
| Avant les travaux | Lecture du dossier de conception et des méthodes de l'entreprise, réunion de lancement | Note d'étude d'exécution, points d'arrêt convenus |
| Ouverture des fouilles | Visite de réception des fonds de fouille, comparaison au modèle de sol | Fiche de réception de fond de fouille |
| Exécution des fondations | Vérification de l'ancrage, des profondeurs atteintes, des volumes injectés pour les pieux | Compte rendu de visite, fiches de contrôle |
| Écart constaté | Analyse, proposition d'adaptation (approfondissement, purge, changement de solution) | Note d'adaptation validée par la maîtrise d'œuvre |
| Fin des travaux géotechniques | Synthèse du suivi, conformité aux hypothèses | Rapport de fin de mission |
Le point d'arrêt à l'ouverture des fouilles est le plus important : tant que le géotechnicien n'a pas vu le fond de fouille, l'entreprise ne coule pas. C'est là qu'un sol différent de l'étude se détecte, avant qu'il ne soit trop tard.
Trois chantiers où le sol a changé la donne
Ces exemples sont illustratifs ; ils reflètent des situations rencontrées couramment.
- Un remblai non identifié. À l'ouverture d'un angle de fouille, le sol est plus meuble que prévu : un ancien remblai de quelques mètres. Le géotechnicien fait approfondir la fouille sur cette zone jusqu'au bon sol, évitant un tassement futur.
- Une venue d'eau imprévue. Une nappe apparaît à une profondeur supérieure aux sondages, à cause d'un hiver pluvieux. Un pompage limité et un drainage provisoire sont décidés, sans arrêter le chantier.
- Un ancrage de micropieux insuffisant. Le contrôle de l'exécution révèle que certains pieux n'atteignent pas la couche portante. Ils sont prolongés avant la mise en charge.
Dans chaque cas, l'écart entre le sol supposé et le sol réel a été traité pendant les travaux, au coût le plus faible.
Sans suivi : ce que risque le chantier
- Des fondations inadaptées : un sol plus faible que prévu n'est repéré qu'à l'apparition de fissures.
- Des surcoûts : une reprise en sous-œuvre après coup coûte bien plus qu'un ajustement en cours de chantier.
- Des litiges entre entreprise, maître d'œuvre et maître d'ouvrage, faute de constat contradictoire du sol rencontré.
- Un défaut de preuve vis-à-vis de l'assureur en cas de sinistre.
Quand un chantier a démarré sans étude ni suivi, il existe des solutions de rattrapage, détaillées dans Chantier sans étude de sol : que faire ?.