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Reprise en sous-œuvre : créer un sous-sol sous une maison existante, méthode et risques

Creuser sous un bâtiment qui reste occupé exige un diagnostic préalable, un phasage rigoureux et un suivi des voisins. Méthode, techniques et cas où le projet ne se justifie pas.

FondaTerre — Ingénierie géotechnique

Une reprise en sous-œuvre modifie l'appui d'un bâtiment sans l'arrêter : on renforce, on approfondit, parfois on crée un sous-sol. Le sol dicte la technique et l'ordre des opérations ; c'est aussi lui qui dit quand un projet ne vaut pas son coût.

Renforcer, réparer ou créer du volume

Trois situations se présentent :

  • Réparer : des fondations insuffisantes ou dégradées provoquent des désordres (fissures sur une maison) ;
  • Renforcer : une surélévation ou une extension ajoute une charge que les fondations actuelles ne supportent pas ;
  • Créer du volume : sous-sol, garage ou cave sous une construction existante, en ville où le foncier est rare.

Quand le projet n'est pas réalisable

  • une nappe très proche qui exige un cuvelage étanche coûteux ;
  • des fondations existantes très fragiles ou méconnues, dont la reprise est incertaine ;
  • un bâtiment mitoyen sensible, dont le voisin refuse le suivi ou l'accès ;
  • un accès trop étroit pour les engins, qui renchérit fortement les travaux ;
  • un sol très hétérogène, qui impose des fondations profondes disproportionnées ;
  • un coût au mètre carré supérieur à celui d'une solution alternative (extension hors-sol, déménagement).

Il est fréquent que l'étude géotechnique conclue à la faisabilité mais à un coût élevé ; ce résultat est aussi utile qu'un feu vert, car il permet de renoncer ou de revoir le projet avant d'engager les travaux.

Le préalable : diagnostic et ingénierie du sol

On ne reprend pas ce qu'on ne connaît pas. La démarche enchaîne deux missions :

  1. une G5 pour connaître les fondations existantes (type, profondeur, état), le sol sous l'ouvrage et les causes des désordres éventuels ;
  2. une G2, phases AVP puis PRO, pour concevoir et dimensionner les reprises selon l'Eurocode 7 et ses normes d'application (NF P 94-262 pour les fondations profondes).

La distinction entre AVP et PRO est expliquée dans étude G2 AVP ou PRO. Dans un contexte urbain, on ajoute la recherche de cavités et de réseaux (risques géotechniques Île-de-France).

Choisir la technique de reprise

TechniquePrincipeQuand la choisir
Reprise par puits (plots)On creuse des plots sous les murs, on les remplit de béton pour descendre l'appuiBon sol à faible profondeur, murs peu chargés, accès possible
MicropieuxPieux de petit diamètre forés, armés et injectés, qui vont chercher un sol profondSol faible en surface, accès réduit, charges modérées
Jet groutingInjection à haute pression qui crée des colonnes de sol-cimentSols fins ou sableux, espaces restreints, besoin de traitement ou d'étanchéité
Injection de résine ou de coulisCompactage ou consolidation du sol sous la fondationTraitement de sols lâches, stabilisation de tassements
Radier ou longrines de repriseNouvelle assise répartissant les chargesSols compressibles, bâtiments de taille modeste

Le choix dépend de trois facteurs : nature du sol (et présence d'eau), profondeur du bon sol et charges à reprendre. Les micropieux et pieux sont présentés dans fondations sur micropieux. Leur exécution relève de normes spécifiques (par exemple la NF EN 14199 pour les micropieux).

Focus : dimensionner des micropieux

Un micropieu reprend la charge par frottement le long de son fût et, en moindre mesure, par sa pointe. Le dimensionnement selon la NF P 94-262 vérifie la capacité portante (résistance du sol autour du pieu), la résistance structurale de l'armature et du coulis, le tassement en service et la liaison à la structure existante (longrine ou chevêtre). Les paramètres du sol proviennent des essais pressiométriques et du profil géologique, d'où l'importance d'une reconnaissance adaptée (sondage pressiométrique).

Phasage : la « touche de piano »

Impossible de retirer d'un coup le sol sous toutes les fondations. On travaille donc par plots alternés, en séquence : on repère les plots, on reprend le premier, on attend sa mise en charge, puis on passe à un plot éloigné, et ainsi de suite. À chaque instant, le bâtiment repose sur des appuis vérifiés. L'ordre des plots, la taille et le délai d'attente sont fixés par l'étude.

  1. Étaiement et sécurisation des zones sensibles ;
  2. Excavation d'un plot avec blindage ;
  3. Exécution de la nouvelle fondation (béton, micropieux) ;
  4. Mise en charge par clavage ou vérinage, pour transférer la charge sans tassement ;
  5. Passage au plot suivant, puis répétition jusqu'à reprise complète ;
  6. Excavation du sous-sol par phases, avec butonnage et dispositifs d'étanchéité.

Un phasage par plots, en exemple

Prenons un mur porteur de dix mètres de long à reprendre sous une maison. Le phasage type, à titre illustratif :

  1. on divise le mur en tronçons d'un à deux mètres, numérotés ;
  2. on exécute d'abord les plots impairs éloignés les uns des autres (par exemple 1, 4, 7), ce qui laisse deux tiers du mur sur son appui d'origine ;
  3. on attend la prise du béton et on met en charge chaque plot ;
  4. on exécute ensuite les plots intermédiaires (2, 5, 8), puis les derniers (3, 6, 9) ;
  5. on vérifie à chaque étape que le nivellement n'a pas bougé ;
  6. une fois tous les plots repris, on peut approfondir l'excavation en dessous.

Ce séquençage explique le nom de « touche de piano » : les plots se traitent en alternance, comme les touches d'un clavier. Il est plus long qu'un traitement continu, mais c'est ce qui garantit la stabilité à chaque instant.

Mise en charge et avoisinants

Le moment critique est la mise en charge de la nouvelle fondation : si elle tasse, la structure suit. On la mesure avec des repères de nivellement et des fissuromètres. Sur les mitoyens, l'excavation modifie l'état du sol et peut provoquer des mouvements : un état des lieux contradictoire avant travaux et un suivi pendant (auscultation d'ouvrage, auscultation d'ouvrage) sont indispensables. La présence d'une nappe impose un rabattement ou une étanchéité soignée.

Les risques, phase par phase

PhaseRisque principalParade
PréparationFondations existantes mal connuesG5 préalable, complétée d'une fouille de reconnaissance des fondations
Excavation des plotsEffondrement de fouille, décompression du solBlindage, taille limitée, respect du phasage
Coulage ou forageNappe, sol plus faible que prévuSuivi G3, adaptation de la solution
Mise en chargeTassement de la nouvelle fondationVérinage, attente de la prise, mesures
Excavation du sous-solDéformation des parois, mouvement des mitoyensButonnage, suivi topographique
Étanchéité et finitionsInfiltrations, remontées de nappeCuvelage adapté, drainage, contrôles

Coûts, assurance, autorisations

  • Budget : les travaux de reprise et de sous-sol pèsent souvent bien plus que l'étude ; celle-ci se calcule avec le simulateur de devis (voir combien coûte une étude de sol).
  • Assurances : dommages-ouvrage et décennale des intervenants ; informez-les du projet et conservez le dossier géotechnique.
  • Autorisations : création de surface, modification d'aspect ou de structure peuvent exiger une déclaration préalable ou un permis ; renseignez-vous en mairie.
  • Rentabilité : le coût au mètre carré d'un sous-sol créé sous l'existant est élevé ; comparez avec une extension hors-sol.

Qui intervient sur le projet

  • l'autorisation d'urbanisme si le projet crée de la surface ou modifie la structure ;
  • l'accord des voisins pour les instruments de suivi et, si besoin, l'accès à leur propriété ;
  • l'ingénieur structure, qui dimensionne les reprises de charge ;
  • le géotechnicien, en G5, G2 et G3 ;
  • l'entreprise spécialisée en fondations spéciales et sous-œuvre ;
  • le contrôleur technique, selon les cas ;
  • les assureurs, informés dès la conception.

Cas pratique FondaTerre : un pavillon de Montreuil

Exemple illustratif : un propriétaire de Montreuil souhaite créer un garage semi-enterré sous son pavillon. La G5 montre des fondations en moellons à 0,6 m, un remblai de 1,5 m puis des marnes ; la nappe n'est pas rencontrée. L'étude de conception retient une reprise par plots alternés jusqu'aux marnes, avec un suivi topographique du mitoyen. Le voisin est informé et un état des lieux est signé. Le coût des reprises étant élevé, le propriétaire compare avec une extension hors-sol, et retient finalement une variante moins profonde.

Tableau de synthèse

Point de contrôleQuestion cléMission
DiagnosticQuelles fondations existantes, quel sol, quelles causes ?G5
ConceptionQuelle technique, quel dimensionnement ?G2 PRO
PhasageQuel ordre des plots, quel délai ?G2, puis G3
Mise en chargeQuel tassement admissible ?G3
AvoisinantsQuels seuils, quel suivi ?G3, G4
AssurabilitéLe dossier est-il complet ?Toutes

Île-de-France et PACA

À Paris et en petite couronne, ces travaux se croisent avec les anciennes carrières, les remblais et les nappes (Paris, Val-de-Marne). En PACA, la pente et le rocher peuvent compliquer l'accès et l'excavation (Alpes-Maritimes). Décrivez votre projet dans le simulateur de devis : l'ingénieur cadre le diagnostic et la conception avant toute décision de travaux.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une reprise en sous-œuvre ?

C'est la reprise des fondations d'un bâtiment existant pour les renforcer, les approfondir ou permettre de creuser en dessous. On reporte progressivement les charges sur de nouvelles fondations, plus profondes ou plus résistantes, sans démolir la structure.

Quelles études sont nécessaires ?

Un diagnostic de l'existant (G5) pour connaître les fondations et leur état, puis une étude de conception (G2, phases AVP et PRO) pour dimensionner les reprises, complétées par un suivi d'exécution (G3) et, selon le cas, une supervision (G4).

Pourquoi travailler « en touche de piano » ?

Parce que l'on ne peut pas retirer d'un coup le sol sous toutes les fondations. On intervient par plots alternés : chaque plot est repris, mis en charge, puis on passe au suivant, afin qu'à chaque instant le bâtiment repose sur des appuis sûrs.

Peut-on créer un sous-sol sous une maison sur sol argileux ou avec nappe ?

C'est possible mais exigeant : nappe à rabattre ou à étanchéifier, poussées de l'eau, tassements des voisins. Une étude géotechnique fine et un phasage rigoureux sont indispensables ; parfois la solution n'est pas économiquement pertinente.

Faut-il informer les voisins ?

Oui, pour les mitoyens : un état des lieux contradictoire avant travaux, et un suivi des mouvements pendant. Il protège tout le monde et évite les litiges sur l'origine des fissures.

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